L A SEINE

 

800x600 inter.explo

 

 

 

f copyright

V.gérard

Déclarer à la

CNIL n°789608

 

 

 

La Seine.

 

Depuis des millions d’années, elle a coulé dans ce lit où nous habitons mais elle était très différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Son bassin s’étendait jusqu’au Massif Central. A la fin du pliocène et au quaternaire ancien, le haut cours de la Loire qui rejoignait la Seine par l'actuelle vallée du Loing a refusé de continuer à couler vers le nord. Elle a pris son indépendance en déviant son cours vers l’océan Atlantique. La conséquence a été la diminution très sensible du volume d’eau en aval, où nous sommes.

Pendant les périodes préhistoriques, les hommes se sont installés au bord de l’eau pour en tirer leur boisson et leur nourriture : Pêche et chasse.

Les trouvailles archéologiques de Alphonse Georges Poulain, exposées au musée de Vernon, prouvent leur présence sur cette grande voie de communication qu’était déjà notre vallée.

Depuis l’époque romaine la Seine est utilisée comme voie commerciale. Soit 2000 ans de transport de marchandises par bateaux.

Depuis l’antiquité jusqu’à la moitié du 19ème siècle la Seine a conservé son caractère de fleuve sauvage en dehors de quelques rares aménagements. C’est seulement à partir de 1850 que des travaux ont été entrepris pour régulariser le débit et maintenir un étiage susceptible de permettre à des bâtiments de taille moyenne d'y naviguer.

A Pressagny, avant 1870, date de la construction du barrage de Port Mort, le niveau moyen des eaux était 2 mètres plus bas qu’aujourd’hui, le chemin de halage de l’époque est donc englouti 2 mètres plus bas que l’actuel. Les bras du fleuve étaient plus étroits et les îles semblaient plus élevées. Cependant, les crues étaient aussi sévères qu’au 20ème siècle !

Les chemins de halage existent depuis le 15ème siècle. En amont de Rouen, les difficultés pour en créer un étaient telles, que l'utilisation des chevaux pour le halage n'apparut que sous le règne de Louis XV. Le cheval de rivière est une race cauchoise dressée pour ce labeur. Ce sont des animaux très rustique, ils mesurent en moyenne 1,60 m au garrot.

Au 19ème siècle, 13 relais pour les chevaux de trait étaient installés entre Paris et Rouen dont un à Port Mort. Les charretiers de rivière halaient les embarcations avec des chevaux mais parfois on utilisait encore la force humaine. C’était un travail pénible. Chaque année, 250 bateaux passaient régulièrement dans le grand bras, ils transportaient des marchandises entre Le Havre et Paris. Les deux tiers du parcours se faisaient en eaux calmes, Le reste était accidenté par des hauts fonds, des pertuis qui généraient des rapides que les haleurs avaient bien du mal à remonter. Pressagny se trouvait sur une zone d’eau calme.

Le pont de Vernon était un passage périlleux, les arches étaient étroites, une seule servait à la navigation, les autres étaient utilisées par des moulins et des pêcheries. Les bateaux qui allaient à moyau (qui se laissaient porter par le courant) devaient bien viser, le courant était rapide en cet endroit et les gouvernails inefficaces. Ceux qui remontaient étaient halés par un cabestan. Comme à chaque passage difficile les mariniers devaient payer le halage mais aussi des droits de passages, des droits pour s’amarrer à un pieu. La liste des péages était sans fin si bien que la valeur ajoutée sur les marchandises en augmentait de façon considérable le prix de revient.

On nommait les bateaux en bois au 18ème  et 19ème siècle des «besognes» ils mesuraient de 20 à 40 mètres de long, certains atteignaient même 60 mètres et pouvaient porter jusqu’à 750 tonnes de charge.

Le charretier de halage était équipé d’une dague tranchante pour couper le trait au cas où le cheval serait emporté vers large par le bateau. Même par temps de petites crues, les charretiers de rivière travaillaient, les chevaux ayant de l’eau jusqu’au ventre, ils étaient attelés avec un collier, des traits et des palonniers. Dans les endroits en "eaux calmes", les chevaux étaient attelés le plus souvent en couple. Aux endroits difficiles, on faisait appel à des chevaux supplémentaires dits de renfort.

Les charretiers de rivières avaient un statut d’artisans. On les appelait : "Les hommes aux longs jours" parce qu’ils commencent au petit jour pour ne finir qu’au crépuscule.

Aujourd'hui telles que sont les berges, le halage serait impossible. Les arbres qui poussent entre le fleuve et le chemin sont incompatibles avec cette technique. Les jolis saules pleureurs, les aulnes, les peupliers d'Italie, qui s'accrochent sur les berges et retiennent la terre devraient être reculés d'au moins 3 mètres

Les bois étaient souvent transportés par trains flottants. Les billes étaient retenues ensemble par des liens de chanvre, elles formaient de longs radeaux, pas trop larges pour passer sous les ponts. Ces bois ne faisaient que descendre au fil de l’eau pour alimenter les chantiers et le chauffage en aval...

Les coches d’eau, tirés par une dizaine de chevaux, permettaient de voyager lentement, à prix raisonnables, il fallait compter, sous Louis XV 10 à 15 jours pour la remonte de Rouen à Paris et 4 à 5 jours pour la descente. On allait plus vite à pied, à condition de ne pas avoir de bagages.

En 1813, pendant la campagne de France les blessés de la Grande Armée descendaient au fil de l’eau pour trouver un hôpital susceptible de les accueillir. (Voir l’article du bulletin Municipal N° 14 de 1995.)

Les bateaux à roues à aubes apparaissent à partir de 1822. Maupassant, Flaubert ont utilisé ce mode de transport. Emprunté aussi par des voyageurs modestes.

A partir de 1855 apparaît et se développe une nouvelle technique de navigation : Le touage, qui concurrence le halage et amène sa disparition ; une chaîne de 226 km de longueur immergée au milieu du chenal navigable, de Conflans Sainte Honorine au Trait, permettait à des bateaux spécialement équipés de l'utiliser par traction avec un moteur à vapeur. Au fond des écluses, au droit des portes, la chaîne reposait dans une goulotte

Monsieur Carbonnier a retrouvé le numéro du "Magasin Pittoresque" qui relate le retour triomphal de la dépouille de Napoléon 1er. Le 11 décembre 1840, dans l'après-midi, les pressécagniens ont pu rendre hommage à leur ancien empereur qui remontait la Seine sur un bateau à vapeur à fond plat et à roues à aubes latérales, mu par une machine à vapeur : "La Daurade". Elle avait pour pilote un Posien (habitant de Poses) : Nicolas Kasillon. Il mena le bateau de Rouen à Courbevoie Un catafalque de velours violet, décoré d'aigles et d'abeilles d'or habillait le bâtiment qui devait faire halte pour la nuit à Vernon. Finalement, en raison de l'avance sur l'horaire, il passa la nuit à La Roche Guyon. De grandes manifestations avaient été organisées sur le parcours. Il ne fait aucun doute que des habitants de Pressagny se soient attroupés au bas de la rue de l'Eglise pour voir passer cet exceptionnel convoi. Des coups de canon furent tirés des bateaux pour prévenir les Vernonnais de l'arrivée des cendres de l'empereur. Quelques soldats de la grande armée vivaient encore au village, certains ont été décorés quelques années plus tard de la médaille de Sainte Hélène.

La Seine, c'était aussi le rinçage de la lessive. Lire le chapitre sur ce thème dans le livre : "Etiennette Parmentier Citoyenne d’Honneur" ou dans le bulletin municipal N° 10 de 1991.

Les trois ports de Pressagny : Port de la Marette, port de saint Martin et port des Bouches Manon étaient reliés par un chemin communal. Généralement le chemin de halage est une servitude imposée aux propriétaires riverains pour permettre aux mariniers en difficultés d’accoster n’importe où. L’originalité de Pressagny c’est que cette voie est communale sur l’ensemble des 3716 mètres de berges. En fait, il s'agit d'un chemin de contre halage. Le halage se faisait sur la rive gauche.

Jusqu’au début du 19ème siècle, les deux seuls ponts du département de l’Eure se situaient à Vernon et à Pont de l’Arche. Partout ailleurs, il fallait utiliser les bacs et passages d’eau. Le passage de Pressagny se faisait sous l’église, au port de La Marette. Il utilisait la passe entre les îles Chouquet et Emien. Un fermage était concédé par la Commune à un passeur. Jusqu’au milieu du 19ème siècle, les embarcations du passage étaient entretenues mais au début du 20ème siècle avec le développement de l’automobile il s’est avéré de moins en moins utile, pour disparaître le 28 janvier 1922 au décès de l'adjudicataire. (Lire le chapitre "Dodophe" dans E Parmentier citoyenne d’Honneur ou dans le Bulletin Municipal N°7 de 1988). A partir de cette date, les pressécagniens devaient passer le fleuve à Notre Dame de l'Isle pour prendre le train au Goulet.

Jusqu'au début du 20ème siècle des pêcheries étaient installées entre Notre-Dame de l'Isle et le Goulet, elles fournissaient du poisson aux habitants de Pressagny.

Les fermes étaient nombreuses jusqu'à la dernière guerre, les animaux domestiques réclamaient à boire. L'adduction d'eau n'était pas encore réalisée et le nombre de puits était limité. Pour abreuver les bêtes pendant la saison sèche, les éleveurs utilisaient un puchoir (petit seau emmanché) pour remplir une citerne ou tonne tirée par un cheval ou un âne qui stationnait au bord du fleuve pendant la manœuvre de remplissage

 puchoir.jpg (107374 octets) Cliquer

Remplissage d'une tonne à l'aide d'un puchoir

Le trafic fluvial au début du 20ème siècle était plus actif qu'aujourd'hui, des trains de péniches tirées par des remorqueurs remontaient la Seine et ses affluents pour rejoindre des régions éloignées en utilisant les canaux qui couvraient une grande partie de l'Europe du Nord.

En 1945, le renflouage des péniches coulées lors des bombardements de l'été 1944 anima les berges. (voir le bulletin municipal N° 9 de 1990)

La Seine aujourd'hui nous fascine par la beauté des couchers de soleil. Que d'autres plaisirs nous sont offerts avec ce plan d'eau à nos pieds ! Le canotage, les yatchs, l’aviron, la pêche, l'observation des oiseaux, en particulier les cygnes qui sont récemment apparus. Nous sommes bien conscients d'être privilégiés de jouir, à notre porte, d'un site aussi pittoresque et aussi vivant.

Autrefois, on pouvait ajouter à ces plaisirs, la baignade. Une plage avait été aménagée au bas de la ruelle Bourdet, Quelques bons nageurs donnaient des cours de natation.

Cependant, le cahier des délibérations du Conseil Municipal mentionne quelques noyades, bien antérieures, il est vrai à "l'école de natation". Parfois, c'est bien pénible, le maire doit "accueillir" des personnes qui se sont noyées dans les communes en amont. Elles descendent au fil du courant et s'accrochent, près de la berge, dans quelques branches d'arbres.

Que de fois, au cours des années 60 à 80 avons-nous vu passer des poissons morts, le ventre en l'air. Les industries et les citées en amont ne se préoccupaient pas trop du rejet de leurs effluents dans le fleuve devenu égout à ciel ouvert. Heureusement des décisions énergiques ont été prises pour remédier à cette calamité. Si maintenant la situation n'est pas parfaite, nous avons pu cependant constater une incontestable amélioration. Reste à régler le problème des emballages en plastique et en métal qui descendent souvent au fil de l'eau.

Pour être complet, il aurait fallu parler du droit des riverains, de celui des promeneurs des pêcheurs et des chasseurs, de l'arrosage agricole des transports fluviaux d'aujourd'hui et de leur coût comparé à celui du transport routier, des projets réalisables pour animer nos berges : port de plaisance, aménagements de lieux de pêche, d'espaces pour pique-niques etc… Le sujet demanderait encore de nombreuses pages… Ce n'est plus de l'histoire mais de l'actualité que nous abandonnons à nos élus.

 

Ref : M. Hubert Labrouche ancien maire de Poses, Président de l'Association de la Batellerie qui gère les 2 bateaux musées a fait un exposé conférence sur le halage en Seine au Cercle d’Etude Vernonnais le jeudi 13 décembre 2001. Il m'a autorisé à reprendre ses propos pour cette publication. Je l'en remercie.

 

Rémy Lebrun.

 2003

HAUT DE PAGE