LA MADELEINE

 

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V.gérard

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CNIL n°789608

 

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                        LE CHATEAU DE LA MADELEINE   

 

                                                  

                

 

 

La Madeleine

 

« Adieu ma chère Madeleine

qui te réfléchis dans les eaux.

Adieu ma fraîche Madeleine !

Madeleine adieu pour jamais.

Je pars, il le faut, et je cède,

Mais le cœur me saigne en partant

Qu'un plus riche qui te possède,

Soit heureux ou nous l'étions tant ! ».

Poème larmoyant, vers d'une grande tristesse, jamais adressés à une tendre amie, une fiancée ? Non... à une bâtisse bourgeoise que l'écrivain Casimir Delavigne , académicien, auteur de pièces de théâtre et de poèmes épiques, (Les Messéniennes, La Princesse Aurélie, Louis Xl, Les Enfants d'Edouard, Les Vêpres Siciliennes etc....), dût revendre le 9 août 1839.

A moins de 100 km à l'Ouest de Paris, à quelques minutes de Giverny ,(du célèbre Musée CLaude Monet ) sur une colline boisée dominant la Seine, route des Andelys, le « Château de la Madeleine » près de Vernon est situé sur le territoire du village de Pressagny l'Orgueilleux .

Son histoire :

-          Né vers l'an 1069, Adjutor , petit-fils de Richard 1er , seigneur de Vernon, partit pour la première croisade en 1095. Après avoir combattu pendant 17 ans, il est fait prisonnier. Pendant sa longue captivité il adresse de ferventes prières à Sainte Marie-Madeleine et à Saint Bernard de Tiron. Elles seront exaucées.

-          En 1129, pendant son sommeil, selon la légende, il est miraculeusement délivré et transporté par les airs avec les chaînes de sa captivité jusqu'au site du Mont qui lui appartient et où se dresse son pavillon de chasse sur la rive droite de la Seine en aval de Vernon. Il y édifie une chapelle qu'il dédie à Sainte Marie Madeleine. Il vit de façon austère sur son domaine. On lui attribue de nombreuses guérisons miraculeuses qui lui confèrent une aura de sainteté.

-          Mort le 30 avril 1131, le saint homme est enterré dans la chapelle. Sa mère, Rosamonde de Blaru prend le voile et se retire à la Madeleine. A sa mort, elle sera inhumée près de son fils.

-          Pour remercier Saint Bernard, Adjutor avait fait un testament en faveur de  L'abbaye de Tiron au Perche . Il léguait aux religieux l'ensemble de ses biens qui comprenaient le quart de la forêt de Vernon. Les moines gardent le lieu de culte mais par acte du 2 avril 1132 rendent la forêt à Matthieu de Vernon, frère cadet d'Adjutor à condition néanmoins que les religieux de la Madeleine puissent envoyer leurs bestiaux paître dans la forêt partout où ils voudront et que tous les ans, à la Toussaint on leur délivre un arpent de bois de haute taille avec 20 cordes de bois pour leur chauffage.

-          Adjutor est sanctifié pour avoir maîtrisé un gouffre sur le fleuve. L'historien de Vernon, Edmond Meyer, nous explique qu'en ces endroits le fond de la Seine était obstrué par des mamelons calcaires dus à des sources. On appelait ces demi sphères des bosses à manon. Ces obstacles dans le lit du fleuve provoquaient des tourbillons où les embarcations sombraient. Adjutor aurait fait effectuer des travaux pour raboter le lit du fleuve ce qui aurait supprimé le fameux gouffre. La légende dit qu'il y avait jeté les chaînes de sa captivité et que miraculeusement le gouffre avait disparu.

-          Les navigateurs ne l'ont pas oublié et l'honorent en tant que patron des mariniers sous le nom de Saint Adjutor. Quant aux bosses à manon, on retrouve aujourd'hui leur nom au lieu-dit " Les Bouches Manon " proche de la Madeleine

-          L'Abbaye de Tiron au Perche, héritière de la Madeleine y fait élever un prieuré. Des moines de l'ordre Bénédictin l'occupent, prient et entretiennent le domaine.

-          Au.13ème siècle, la guerre de cent ans n'épargne pas le prieuré qui est entièrement détruit. Il ne reste de la chapelle qu'un gros mur du côté de la Seine.

-          Au mois de mai 1404, un ange apparaît à Robin le Jongleur, ancien vigneron de Pressagny pour lui ordonner de reconstruire la chapelle.

-          Le 22 juillet 1406, le travail est réalisé, l'archevêque de Rouen, Guillaume de Vienne y consacre deux autels, I'un à Saint Adjutor, l'autre à Sainte Madeleine.

-          En 1480 Jacques du Moutier est le prieur, puis successivement 1482, Raoulet de Larbant , 1484 Jacques de Larbant , 1491 Alexandre de la Barge , 1494 François de Meyssé , 1528 Jean de la Joule .

-          Des pèlerins sont accueillis, venant d'Europe centrale, et ceux, plus nombreux venant de Suisse restaurent les vitraux de la chapelle en 1637.

-          En 1665, François de Paris , Maître de la Chambre des Comptes est prieur commandataire.

-          En 1725 Etienne Perrier est propriétaire.

-          En 1752, c’est Messire Charles, Guillaume Morin du Marais Vernier chanoine de Paris en 1749 qui possède en commande le prieuré de la Madeleine. Si on excepte la révolution, il reste 50 ans responsable de ce bien.

-          Le Marquis de Bullion devient propriétaire en 1786.

-          Confisqué par les révolutionnaires, le prieuré devient " Bien National ", confié au département de l'Eure. Ruiné, abandonné puis désacralisé, il disparaît. L'Administration trouve preneur en 1797 en la personne de Morin Dumarais qui n'est autre que Messire Charles, Guillaume Morin du Marais Vernier qui a simplifié son nom. Il meurt en 1810.

De 1802 à 1810 les propriétaires se succèdent. Louis Alexandre Dubois de la famille d'Hautpoul puis le général d'Empire de Bremond . A l'emplacement du prieuré, ce dernier élève une grande demeure bourgeoise.

  Germain et Casimir Delavigne , l'acquièrent en 1824, grâce au succès des Messeniennes, mais les difficultés financières et la maladie contraignent ce dernier à la revendre en 1839. Il disparaîtra en 1841 et Victor Hugo qui a du fréquenter "la Madeleine" prononcera son éloge funèbre.

En1839,le propriétaire est René Perier , arrière cousin de Messire Morin du Marais Vernier. Il se fait appeler "de Perier".

D'après Monsieur Leclerc de Pulligny , « Vers l'année 1860, on aurait trouvé sur les pentes du parc de la Madeleine deux tombelles. Dans l'une située au Val d'Airain, non loin de la route, on aurait découvert, sous une éminence, six corps placés régulièrement, comme les rayons d'une roue; les corps avaient les pieds appuyés à une pierre plane au centre; au pied de l'un d'eux se trouvait un vase de 10 cm contenant une flèche en fer de 5 cm; les têtes étaient appuyées sur des pierres ».

« Dans une autre sépulture, les quatre têtes placées aussi sur des pierres plates de 5 à 6 cm formaient l'axe de la circonférence et les 4 corps, les rayons ».

« Près des corps se trouvait un vase en terre noire contenant des cendres, on aurait trouvé aussi une fibule ».

En 1864, la veuve du Baron Thenard , collègue de Gay-Lussac, inventeur de l'eau oxygénée transforme sa propriété. Le journal "Le Vexin" du 4 juin 1865 annonçait : « La nouvelle propriétaire de la Madeleine, Madame Thenard fait faire de grands travaux en cette demeure. La maison blanche, crépie de plâtre de Casimir Delavigne, reçois du côté de la vallée, des lucarnes et des frontons de pierre et, du côté de la route des Andelys, une tourelle et divers ornements. Ils feront disparaître la monotonie un peu plate de la façade. On restaurera ensuite la chapelle dont le petit clocher d'ardoise se distingue au milieu des arbres du parc ». Nous pouvons ajouter à cette description un péristyle à colonnes avec chapiteaux corinthiens, accolé au bâtiment côté ouest. Nous pouvons aussi préciser que la façade côté Seine est habillée de colonnes lisses avec également des chapiteaux corinthiens, des sculptures et des mosaïques, qui lui donnent un faux air Renaissance. Qu'une conciergerie de pierre et de brique, un portail en fer forgé et des communs sont ajoutés côté route des Andelys, qu'un chalet pagode à décor de bois découpé est construit dans le parc et qu'enfin, un magnifique parquet qui ressemble à une marqueterie est posé dans le grand salon. Des miroirs savamment placés renvoient l'image du parc redessiné.

En 1880 Henri Jourdain est sans doute locataire.

En 1899 ou 1900, Octave Mirbeau aurait rédigé son manuscrit : "Le Journal d'une Femme de Chambre" au château de la Madeleine.

C’est en fin de 1915, que Louise, petite fille de Madame Thenard, revend la propriété.

Acquise en 1916 par l'ingénieur architecte Gianotti, initiateur et constructeur avec Maginot de la fameuse ligne de défense du même nom. Il ajoute en 1932 une aile aux bâtiments, un fronton grec au corps principal. Ces travaux sont accompagnés de fouilles dans l'espoir de trouver la tombe du saint, fondateur de ce site. Ils vont durer jusqu’en 1933 et mettre à jour des sépultures. Alors que la gazette locale se réjouit de la restauration de la petite chapelle, le ciel tombe sur la tête des villageois lorsqu'ils apprennent que c'est pour la transformer en... Salle de billard !

Le site est classé en 1937.

A la libération en 1944, les bâtiments sont gravement endommagés, ainsi que l'église du village, détruite par les bombardements alliés. Le puits artésien qui fournissait une eau sulfureuse est définitivement hors service.

En 1946, la propriété est achetée par Monsieur Lebrejal qui y installe sur les terrains annexes, une laiterie, une fromagerie ainsi qu'une porcherie. Il confie la restauration de la Chapelle à Bernard Feray qui remonte les murs et grave à l'identique de l'originale, l'épitaphe en latin au-dessus de la porte d'entrée. Pendant les fouilles il découvre un squelette. Se pourrait-il qu’il s’agisse des restes du saint fondateur ? Hélas ! le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris retire tout espoir de découverte de saintes reliques.

L'industrie laitière ferme en 1960 et la famille Lebrejal quitte, à regret ce domaine où elle avait investi tant financièrement qu'affectivement. Monsieur Lebrejal aimait à rappeler que sous la tour de brique située à la pointe du Chesney, l'eau du puits artésien était d'une qualité exceptionnelle. Elle aurait guéri de nombreux malades de la région au 19ème siècle.

En 1962 une société parisienne, Le Groupe Drouot , promotrice en puissance, achète «la Madeleine», mais fort heureusement abandonne successivement tous ses projets de construction dans le parc et la forêt. Monsieur et Madame Ginestière habitent le château pendant plusieurs années.

La propriété est délaissée de 1975 à 1981, la nature y reprend ses droits, les bâtiments se dégradent, ruinés, pillés, les espaces de ce bel ensemble  retournent à l'état sauvage.

Madame Cécillon fait un placement foncier puis elle le revend après avoir fait abattre les arbres de valeur du parc.

En, 1981, le «Château de la Madeleine» va être sauvé de la ruine, alors que pour la troisième fois (guerre de cent ans, bien national, et destruction contemporaine) ce site chargé de mémoire allait disparaître, la famille Clermont , a le coup de cœur pour ce "Château de la Belle au Bois Dormant". Elle acquiert le domaine et va le sortir de l'oubli. Tour à tour, parents et enfants se passionnent pour la résurrection de leur propriété. La fin du siècle a montré les résultats de leur courageuse entreprise.

A l'occasion du bicentenaire de la Révolution Française, Monsieur et Madame Clermont proposent leur parc au Conseil Municipal pour y fêter dignement cet anniversaire . Le Maire, Jean-Marie Malafosse organise avec succès, le soir du 13 juillet 1989, un pique nique avec les habitants du village déguisés en costumes révolutionnaires. Ce soir là, les articles de la première Déclaration de l'Homme et du Citoyen, sont déclamés. La fête se termine par un magnifique feu d’artifice et un "embrasement" du château suivi du bal traditionnel. L’année suivante sous les projecteurs, dans une courte fresque, émaillée de chants, pamphlets et poèmes révolutionnaires les nouveaux acteurs rappellent à leurs concitoyens le grand changement. que nous a apporté le nouveau régime. Depuis, chaque année, la fête se renouvelle avec un thème différent. Elle rassemble les pressécagniens, sur l'herbe, avec en toile de fond, un édifice susceptible de les rendre orgueilleux... S'ils ne l'étaient déjà !

 

Jean-Marie Galataud et Rémy Lebrun.

 

   

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