GUILLAUME-JAMBE-DE-BOIS

 

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V.gérard

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GUILLAUME….jambe-de-bois

Tout le monde l’appelait Guillaume ne sachant s’il s’agissait de son prénom ou de son nom de famille. En fait, c’était son prénom, il s’appelait Guillaume Phillippe, il était célibataire endurci.

    Ancien berger à son compte, il vivait sur les terres de la ferme Guyomard qu’il enrichissait par des déjections de ses animaux.

    Le 1er juillet 1967, alors qu’il avait vendu son troupeau, la Mairie l’embaucha pour entretenir le cimetière et les voies rurales à raison de 20 heures hebdomadaires. Ce nombre d’heures était modulé en plus ou moins selon les saisons et l’urgence des travaux.

    Depuis sa retraite acquise en 1973, il avait gardé l’habitude de vivre avec son chien et son fusil dans une vielle cabane montée sur roues en bois. Installé au milieu de la plaine son antre était d’un confort primitif, de la paille sur une couchette en planches, une tablette avec un réchaud à alcool, quelques couvertures, quelques vêtements de rechange et sa béquille composaient son mobilier.

    Tête ronde, barbe de 8 jours, toujours coiffé d’une vielle casquette. Vêtu d’une veste râpée et d’un pantalon dont l’une des jambes était repliée sur son moignon, il claudiquait sur sa jambe de bois à embout caoutchouté, qui était attachée à sa ceinture avec un harnais de cuir.

    L’eau courante ne parvenait pas à proximité de son gîte, seule l’eau sous forme de pluie ou de la neige atteignait son linge et sa peau. Il avait bien un abreuvoir à bestiaux qui recueillait l’eau du ciel pour abreuver son chien, mais il était souvent a sec.

    Pour l’approcher, il ne fallait pas avoir le sens olfactif très développé. Une chique lui gonflait en permanence la joue et de place en place, une giclée de salive brune était crachée sur le coté de son chemin.

    Né en Bretagne, il n’avait plus aucun lien familial connu. Il reportait son affection vers les tenanciers du café bar du village qui n’appréciaient pas sa présence prolongée dans leur établissement, son odeur éloignait les autres clients !

    Chaque jour, par tous les temps, il passait à pied en poussant son vélo qui lui servait de cane et de porte fardeaux. Sa jambe de bois ne lui permettait pas de pédaler mais son outil à roues lui permettait de transporter ses courses depuis le café épicerie jusqu'à sa cabane. Il remontait la rue de la marette, faisait une pause chez le fermier, empruntait la route du val et le chemin des déserts pour rejoindre son « logis ».

    En fait, Guillaume avait deux jambes de  bois, une pour tous les jours et une avec chaussure vernie qu’il portait pour aller chercher sa pension de retraite à Vernon.

     Un jour, il tomba malade, on le conduisit à l’hôpital pour y être soigné.

      Aux personnes qui lui rendaient visite, il déclarait en plaisantant que les infirmières l’avaient passé dans trois bains successifs avant de commencer les soins.

Il semblait heureux de son sort, souriant et méconnaissable tant sa peau était blanche.

    Il guérit, fut obligé de retourner à l’inconfort de son domicile champêtre. Il aurait sans doute préféré rester avec les gentilles infirmières, mais l’Hôpital n’est pas un hôtel gratuit.

    Quelques temps après on m’informa (j’occupais la fonction de maire) que Jambe- de- Bois avait mis le feu à sa cabane.

     Maurice Beny en rentrant de sa journée de travail fut intrigué par des flammèches qui formaient un cordon lumineux au pas de la porte du berger. Il courut avec Nelly, son épouse pour constater que Guillaume était dans l’abri enflammé. Nelly prévint son beau-frère, Michel afin qu’il puisse aider à sortir le vieillard.

    La réserve d’alcool à brûler était entreposée sous la cabane, il fallait bien vite l’éloigner avant d’entreprendre le sauvetage puis avec une fourche, ils retirèrent la paille qui brûlait et qui les empêchait d’avancer. Maurice entra en invitant Jambe-de-Bois à sortir avec lui. Ce dernier était pétrifié, immobile, adossé à sa couchette, il ne semblait pas avoir conscience du péril pour lui. Maurice l’empoigna et le tira vers la porte, il tomba et se laissa traîner par les deux hommes qui l’éloignèrent de la forte chaleur.

     La peau des mains du malheureux se déchirait au contact des herbes de la prairie où ils le déposèrent.

     On cherchait à s’expliquer l’origine du sinistre. Il semble qu’il ait voulu ajouter de l’alcool alors que son réchaud n’était pas éteint. Il aurait voulu éteindre le début d’incendie en posant un chiffon sur les flammes puis en frappant avec les mains sur le feu. L’alcool avait dû s’enflammer sur ses mains et le brûler au visage.

    Il ne semblait pourtant pas trop affecté lorsque l’ambulance vint le chercher, je constatais qu’il parlait calmement avec les brancardiers. Il demandait avec insistance qu’on éteigne le feu de sa cabane qui était devenu un vrai brasier. Vu le manque d’eau il y avait impossibilité à satisfaire son souhait. Il demandait aussi qu’on sauve son chien qui était déjà en lieu sûr.

    Deux jours plus tard, le 15 mai 1976 à 14 heures 30, en raison de ses graves brûlures, il était mort.

    Qui allait s’occuper de ses funérailles ? Qui allait hériter de son fusil, de son compte à la caisse d’épargne ?

J’essayais de joindre un parent à Plouvenez  Quintin son village natal dans les côtes d’Armor mais on l’avait oublié. Personne ne se souvenait de lui ni de l’un des siens. Sur l’État Civil seulement était enregistré sa naissance le 24 juin 1908, le nom de son père, Jean-Marie Philippe et le nom de sa mère, Maria Le Clerch.

    Décédé à Vernon, il fut inhumé dans le cimetière de cette ville, dans la fosse commune.

    Quelques voix s’élevèrent contre la municipalité de ne pas avoir pris en charge le transport et l’inhumation dans le cimetière de Pressagny l’Orgueilleux.

Qui se souvient encore de Guillaume-Jambe-de-bois ? Les plus âgés des pressécagniens ne l’on pas oublié.

 

Rémy Lebrun.

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