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Le comte de TILLY (1749-1822)

 

Marie de TILLY

Le comte de Tilly que nous évoquons n'est pas Alexandre, le mémorialiste célèbre, page de Marie-Antoinette : ce ne sont que des cousins éloignés. Jacques de Tilly n'est pas né dans l'Aube, n'y a pas fait de longs séjours, et n'y a point expiré. Comment donc oser évoquer son souvenir en tant "qu'homme célèbre" (de l'Aube) entre parenthèses ?

Lorsque Jacques-Louis-François naît à Vernon le 2 février 1749, son père est en relations étroites de "cousinage" et de "voisinage" avec François-Hilaire de Tilly, Marquis de Blaru, né vers 1705, qui réside à Blaru, à quelques Km de Vernon. Le fils de François-Hilaire, Henri de Tilly, aura une fille de son union avec Thérèse de Montenay.

Octavie, née en 1791, épouse en 1813 le petit-neveu de Joseph de Compiègne, Gouverneur de Bar-sur-Aube en 1748. La jeune Octavie de Tilly suivra son époux Victor de Compiègne et viendra résider à Fuligny, dans l'Aube.

Le Marquis de Compiègne, Maréchal de Camp, père de Victor, connaît et apprécie Jacques de Tilly, son camarade d'armes. Le mariage du jeune Victor avec la petite cousine Octavie a-t-il été arrangé ? Nous n'avons pas de preuves formelles, mais il est bien curieux qu'une jeune parente, déjà âgée de 24 ans, riche héritière de l'importante fortune Montenay et du château de Villesceaux en Seine et Marne de par sa mère, épouse cet officier de valeur, très joli garçon, aux brillantes alliances et à la fortune conséquente, à une période troublée où les rencontres entre jeunes gens sont bien difficiles, et où les mariages arrangés continuent à faire florès. Pendant les quelques années qui lui restent à vivre, Jacques de Tilly conservera des relations étroites et excellentes avec les Compiègne et parcourant l'Aube, il visitera son ami le Marquis de Compiègne à Fuligny, et les soeurs de ce dernier établies au château de Fontaine, près Bar-sur-Aube.

Les carrières des deux militaires sont pourtant bien différentes et certaines discussions au coin du feu, à la suite d'une de ces parties de chasse enragée dont ces messieurs raffolent, devaient être plaisantes. Léopold de Compiègne a servi fidèlement son roi, a émigré, a combattu dans l'armée des Princes dans le Régiment d'Allonville, fondé par son beau-frère Armand d'Allonville, regroupant la cavalerie noble de Champagne et, après un repli à Guernesey, a vécu misérablement à Londres attendant avec impatience le moment de rentrer en France.

De son côté, Jacques de Tilly connaît des débuts militaires exemplaires. Il entre de bonne heure au service en tant que soldat au régiment de Soissonnais, participe aux campagnes de 1761 et 1762 en Allemagne, nous le retrouvons en 1781 au siège de Mahon et en 1783 au siège de Gibraltar. S'il est fidèle, il ne semble pas particulièrement doué, ou du moins habile à se mettre en valeur. Il a beau appartenir à l'aristocratie, il n'est pas rompu aux intrigues, aux manoeuvres de cour et de salons, un protecteur influent lui fait certainement défaut.

Lorsque la Révolution éclate, il est toujours capitaine. Avec plus de trente ans de carrière derrière lui, c'est surprenant, et c'est médiocre.

Il y a plus surprenant encore, mais ceci explique peut-être cela. Jacques de Tilly adopte immédiatement les principes révolutionnaires, ce qui lui vaut (enfin ! ) le grade de colonel. Le Général Dumouriez le remarque, le choisit pour Aide de Camp en 1792, et lui confie, le 8 Mars 1793, le commandement de Gertruydenberg, dans le Brabant septentrional, place où Dumouriez a réuni tous les moyens qui peuvent lui faciliter l'entrée en Hollande.

La levée du siège de Maëstricht éloigne Dumouriez. Mais, avant de partir, il fait donner au colonel de Tilly sa parole d'honneur qu'il ne rendrait pas la place sans un ordre écrit de son général.

Par suite de la défaite de Neerwinde et des capitulations d'Anvers et de Bréda, le comte de Wartensleben, chef d'Etat-Major du Prince Frédéric d'Orange, met le siège devant Gertruydenberg et somme le comte de Tilly de rendre la place. La sommation de Wartensleben ne fait pas dans la dentelle :

"Monsieur le commandant des troupes françaises qui occupent la ville de Gertruydenberg, est sommé par le soussigné Général Major de l'Infanterie, (au service de leurs Hautes Puissances Messeigneurs et Maîtres les Etats Généraux des Provinces Unies), commandant ici l'avant-garde d'un corps considérable sous les ordres de son Altesse Sérénissime le Prince Frédéric d'Orange et de Nassau, de lui ouvrir les portes de la ville de Gertruydenberg et d'y recevoir nos troupes, sous peine, en cas de refus de si (sic) forcé et d'être du premier jusqu'au dernier passé au fil de l'épée sans miséricorde quelconque."

Comte de Wartensleben

Général Major

Fait à Raamsdenk, ce 22 de mars au matin, à 4 heures.

Après cette mise en demeure férocement sanguinaire, le brave Wartensleben attend tranquillement la reddition de l'ennemi en savourant le breuvage délicieux qui rendait Voltaire "aussi joyeux qu'une chèvre". Nous avons nommé le café. Il est persuadé que Tilly ne résistera pas, il n'en a pas les moyens ; quel général sain d'esprit ferait massacrer toute sa garnison pour une cause perdue ? Wartensleben serait d'ailleurs bien ennuyé d'avoir à exécuter ses menaces. Mais nous n'en sommes pas là. Le Français est un bon soldat, un homme raisonnable, il va se rendre tranquillement. Voire.

En effet, Tilly est un homme raisonnable, un bon soldat, et il n'a qu'une parole. Il a donné cette dernière à Dumouriez, et il ne peut la trahir. Il répond donc simplement au parlementaire :

"M. le comte de Wartensleben s'est trompé d'adresse."

Qu'est-ce à dire ? Wartensleben est ennuyé, il veut en finir, mon Dieu, que tout ceci est donc contrariant ! Il renvoie donc une seconde sommation à Tilly, insistant bien que c'est la dernière et qu'elle est définitive. Tilly est du bois dont on fait les bons militaires, il ne dévie jamais de sa ligne de conduite une fois tracée. Il déclare fermement qu'il capitulera s'il en reçoit l'ordre du Général Dumouriez. Rien de plus simple, pensez-vous ? Vous pensez mal !

Le comte de Wartensleben est stupéfié et fait remarquer courtoisement au colonel de Tilly, toujours par émissaire interposé, que le Général n'est plus au service de la République.

Tilly est bon militaire, il est également aussi têtu que fidèle, il ne sortira que sur un ordre écrit de Dumouriez, il n'y a pas de compromis possible.

Wartensleben est pris au piège. Il réunit son État-Major, les esprits s'échauffent, aucune solution n'est en vue, à part d'exécuter le massacre annoncé. Cette possibilité n'est guère pratique, l'ennemi est enfermé dans la place et les troupes du Prince d'Orange risquent des pertes sérieuses. Que faire ? C'est le Prince d'Orange qui trouve la solution :

-"Envoyons un émissaire à bride abattue au général Dumouriez, là où il se trouve, et obtenons de lui un ordre de reddition en bonne et due forme, écrit de sa main." Excellente idée, sommes nous stupides de ne pas y avoir songé. Mais où est Dumouriez ?

Après la défaite de Neerwinde du 18 mars, Dumouriez a compris que tout est perdu pour lui, et qu'il n'a rien à attendre d'une Assemblée qui l'a fort peu ménagé alors qu'il était victorieux. Il se jette dans les bras de l'ennemi et se met en rapport, sous un prétexte, avec le prince de Cobourg dès le 22 mars. Le 25, il conclut à Ath avec le colonel Mack une espèce de traité, pour lequel il est évident que ni l'un ni l'autre n'ont de pouvoirs. Le 28 mars, plein de ses projets contre les Jacobins et la Convention, Dumouriez arrive à Tournai.

L'envoyé de Wartensleben le rejoint enfin ! Dumouriez est stupéfié et refuse, en un premier temps, de donner un ordre alors qu'il considère ne plus assumer de commandement dans les armées de la Révolution. Il finit par se rendre aux supplications de l'envoyé du comte de Wartensleben et lui remet un ordre écrit de sa main. Quelques jours plus tard le général Beurnonville se présente au quartier général de Dumouriez, à Saint-Amand, accompagné de quatre commissaires, pour lui signifier le décret de la Convention de se présenter devant elle, Dumouriez n'hésite pas. Il fait arrêter le Ministre de la guerre et les Conventionnels et les livre comme otages aux Autrichiens. De péripétie en péripétie, Dumouriez se réfugiera à Bruxelles sous la protection du Prince de Cobourg.

L'officier de Wartensleben revient à bride abattue, crève ses montures sous lui et remet triomphalement le pli de Dumouriez à son supérieur, qui lui enjoint de le porter sans plus tarder au colonel de Tilly.

Hélas ! L'officier revient la mine sombre. L'ordre est authentique, mais Tilly ne sortira de la place qu'avec les honneurs de la guerre, et refuse de défiler devant les troupes ennemies. Oh ! ce ne sont pas des inventions du colonel de Tilly. Ce dernier se conforme scrupuleusement aux ordres de Dumouriez :

            "Au quartier général de Tournai, le 31 mars 1793.

Il est ordonné au colonel Tilly, Commandant la ville de Gertruydenberg, de rendre cette place par capitulation avec la condition d'en sortir avec tous les honneurs de la guerre, tambours battants, drapeaux déployés, mèches allumées et emmenant avec lui tous les effets militaires appartenant à l'armée française."

Le Général en chef,

DUMOURIEZ

Le comte de Wartensleben décide de céder, il est prêt à tout pour s'extirper de cette situation épineuse. Les Français sortiront donc de Gertruydenberg, drapeaux déployés, sabres au clair, le colonel de Tilly caracolant fièrement à la tête de ses troupes.

Promu général il est envoyé à l'Armée des côtes de Cherbourg, ce qui est une situation plus délicate. Combattre La Rochejaquelein et Lescure ne lui pose pas de cas de conscience. Il est soldat avant d'être aristocrate, son métier est de se battre, et, après tout, les aristocrates l'ont dédaigné pendant les trente années où sa carrière a piétiné mornement. Tilly remporte des succès notables contre les Vendéens sans états d'âme.

Début décembre, après l'échec d'Angers, les chefs Vendéens prennent la route du nord, tournant le dos à la Loire et n'osant rentrer en Vendée par le pont de Cé dont les approches sont puissamment défendues. Les Vendéens se portent donc sur La Flèche par Baugé. Arrivés devant La Flèche, ils trouvent le pont sur la rivière du Loir coupé et la ville elle-même défendue par une forte garnison. Placés ainsi entre la rivière et l'Armée républicaine qui marche de nouveau au combat, la position des Vendéens est effrayante.

La Rochejaquelein prend alors un parti décisif. Il remonte la rivière à la tête de 400 cavaliers choisis, chacun portant un fantassin en croupe, trouve un gué près d'un moulin, passe le premier. Le reste de la troupe suit, surprend et culbute la garnison. La Rochejaquelein s'empare du faubourg, s'y retranche, et rétablit le pont. La ville est prise, les Vendéens sont sauvés.

Le 10 décembre, La Rochejaquelein se remet en marche et avance vers le Mans, espérant y trouver des vivres et des amis, car l'Armée, accablée de privations, est aux abois. Il se rend maître du Mans et y passe tranquillement la journée du 11.

Le 12, La Rochejaquelein est attaqué sur les trois routes du sud, par toutes les forces républicaines commandées par le général de Tilly, sous les ordres du général Marceau. La bataille du Mans sonne le glas des Vendéens et sera, en quelque sorte leur tombeau. C'est un grand succès pour le général de Tilly. Son attitude envers les Vendéens n'est pas aussi claire qu'il le paraît. Sans doute peu à l'aise dans une situation équivoque, Tilly leur rendra en secret des services importants, et recevra, plus tard, des témoignages incontestables de reconnaissance, mais il n'a jamais osé s'en vanter publiquement.

Comme "noble", Tilly est suspendu de ses fonctions le 9 février 1794, et autorisé à prendre sa retraite.

Il n'a pas le temps d'en jouir, en admettant qu'il l'eut souhaité, et est immédiatement remis en activité à l'Armée de Sambre et Meuse. Il en commande la réserve sous les ordres du Général Jourdan et passe le Rhin en 1795.

En janvier 1796, le général de Tilly est nommé Gouverneur de Bruxelles et Commandant des neuf départements réunis. Il se concilie l'estime générale par son administration sage, sa justice, et son désintéressement. Il est Chef d'État-major Général de l'Armée du Nord en août 1796, et sa carrière se déroule ensuite, de nomination en nomination, avec éclat. Il participe aux campagnes d'Allemagne, de Prusse et de Pologne, et au cours de la campagne d'Espagne est nommé Gouverneur de Ségovie après l'occupation de Madrid. Il se distingue particulièrement à la bataille d'Ocaña contre les Anglais, "montra une habileté consommée dans l'art de faire évoluer la cavalerie" et fit un grand nombre de prisonniers. Il sera alors créé baron d'Empire. (N'oublions pas que les titres ont été abolis).

En 1813, il rentre en France et devient Inspecteur Général de Cavalerie.

Après la première Restauration, Louis XVIII le nomme Grand Officier de la Légion d'Honneur et le "refait" comte. Il sera également un des chevaliers les plus zélés de l'Ordre du Saint Sépulcre.

Pendant les Cent jours... Napoléon nomme Tilly Président du Collège électoral du Calvados qui l'élit à la Chambre des Représentants. Il gardera, dans cette assemblée, un silence habile dont il tirera ensuite beaucoup de vanité. Ces rétablissements successifs dépassent la mesure et Tilly est mis à la retraite à la seconde Restauration. Il meurt à Paris le 10 janvier 1822. De son mariage avec Anne-Joséphine Arents, fille du bourgmestre de Liège, il eut un fils et deux filles.

Le nom du Général de Tilly est inscrit sur la face nord de l'Arc de Triomphe de l'Étoile.

© 1999  Marie de TILLY                                                 FIN

_Sources et Bibliographie sélective

Archives de Famille Tilly & Compiègne.

Service Historique de l'Armée de Terre. Château de Vincennes. Dossiers des officiers généraux.

Saint Allais. Nobiliaire Universel de France.

Abbé Georgel. "La Révolution Française" Mémoires. 1760 à 1810.

M. de Beauchamp. Marquis de La Rochejaquelein. Michaud Paris 1824

Michaud. Le général de Tilly. Michaud ed. Paris 1826.

Président d'Hozier. Armorial général. Paris. 1847

Dezobry & Bachelet. Dictionnaire général de Biographie et d'Histoire. Delagrave. Paris. 1869

M. Bertrandy-Lacabane. Les seigneurs et le marquisat de Blaru. Cerf & fils. Versailles. 1880.

E. de B... Recherches sur les sires de Tilly. Thonon les Bains 1891.

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