Barbatre

 

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V.gérard

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CNIL n°789608

 

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Le voyage de Barbatre.

De Pressagny l'Orgueilleux à Jérusalem.

 

Ce texte est un résumé d'une publication qui couvre 100 pages.

Les parties en italique sont rédigées par le voyageur, elles ont été légèrement modifiées pour une meilleure compréhension du texte en vieux français.

 

Un manuscrit provenant d'archives privées, retrouvé en 1972 à Saint de Bigorre, rédigé par un moine du prieuré de la Madeleine, relate au jour le jour son voyage à Jérusalem en 1480.

Le document original est recouvert d'une feuille de parchemin réemployé contenant un fragment de la vie de Saint Ethbin. (La tombe de ce saint moine d'origine irlandaise, venu en notre région au 6ème siècle est située près du barrage de Port-Mort et un lieu-dit de Pressagny l'Orgueilleux porte le nom de Chien Saint Ebin.  cf : bulletin municipal N°7 1988.).

Le 4 avril 1480, Pierre Barbatre, prêtre agé de 57 ans (ou environ) quitte ses frères moines bénédictins de la Madeleine en sachant que le parcours qu'il doit emprunter est dangereux. En effet, les Turcs ont lancé une puissante offensive en Méditerranée et assiègent Rhodes. Les candidats au pèlerinage de ce fait sont peu nombreux.

Je suis parti pour le gîte de Gisors (7 lieues) pour y quérir mon compagnon Jacques du Moutier, curé (prieur) de la Magdeleine de Tiron le Chastel. (La Madeleine de Pressagny l'Orgueilleux).

Le mercredi 5 avril, nous allâmes au gîte de Mantes. L'itinéraire se poursuit par des étapes de 3 à 12 lieues par les villes de Houdan, Nogent le Roi, Chartres, Viabon, Orléans, Montereau du Loiret, Pierrefites les Bois, Bourges, Saint Just, Dun sur Auron. A Pont-Chargy rencontrâmes monseigneur Philippe de Savoie qui allait vers le roi Louis XI, à Tours.

Puis le chemin passe par Couleuvre, Saint Menoux, Souvigny, Besson, Varennes-sur-Allier, La Palisse, Saint-Martin-d'Estreaux, Roanne, Saint-Trassin, Tarare, L'Arbresle, Lyon, Saint-Laurent, Verpillière, Bourgoin, La Tour du Pin, Pont de Beauvoisin, Aiguebelette.

En Savoie : Chambéry, Montmélian, Aiguebelle, Saint-Jean-de-Maurienne (en cette ville les femmes ne portent bonnets ni chaperons) Saint André, Le Bourget, Lanslebourg. Et de là, il convient de prendre un mulet pour monter le Mont Cenis. En ces quartiers, il y a des lièvres tout blancs et des perdrix toutes blanches comme neige(...) Il y a des chardons que les gens du pays nomment le chardon bénit de Charlemagne(...) et l'attachent à leur porte. Ainsi ils savent quand il doit pleuvoir ou faire beau temps.

En Italie . Il faut payer pour passer les ponts et rivières ainsi que dans les autres villes et cités jusqu'à Venise, mais les prêtres ne payent rien.

Les étapes suivantes sont : Ferrera, Suse, San-Ambrogio-di-Torino, Avigliana, Rivoli, Turin, Chivasso, Saluggia, Livorno, Lizarette, Salasco Vercelli, Novarre, Milan, Cassano d'Adda, Treviglio, Marengo, Pontoglio, Coccaglio, Brescia, Rezato, Lonato, Rivoli, Peschiera, Verone, Caldiero, Montebello, Vicence, Padoue.

Nous arrivâmes à Venise le jeudi 4 mai à l'heure des vêpres. Il faut y attendre le départ du bateau jusqu'au 6 juin.

Notre voyageur, dés son arrivée est pris en charge par des hôtes d'accueil. Ils l'aident à trouver un gîte et un couvert près de la place Saint Marc, à l'auberge de "L'Homme Sauvage". Pierre Barbatre profite du mois d'attente pour visiter tous les lieux de cultes de la ville et les décrire avec précision dans son journal. Il y décrit aussi les fortifications et les moyens de défense de la ville avec ses bombardes, canons, couleuvrines, arcs, traits, hallebardes, épées ainsi que les habillements des soldats.

Il décrit aussi les Vénitiens et surtout les Vénitiennes Quant aux dames et femmes bourgeoises, c'est triomphe de les voir. Venus, Pallas ni Junon n'y feraient rien. Celles de Paris, de Rouen ni de Lyon n'en approchent point. Vêtues et parées précieusement et richement, elles sont nombreuses et très belles. Elles sont toutes découvertes jusqu'aux épaules. Sur les bras elles sont fort mignonettes, montées sur hauts patins d'un demi pied. Il semble qu'elles marchent sur des épines et qu'elles ne savent où aller. Aucune n'est menée par la main. Dés avant midi on leur garde leur place en l'église Saint Marc.

Arrivés par d'autres itinéraires Sancto Brascha de Milan, le dominicain Félix Faber d'Ulm en Allemagne et un anonyme parisien seront les futurs compagnons de voyage de Pierre Barbatre. Ils ont aussi tenu leur journal ce qui permet de comparer leurs écrits.

A Murano, là où l'on fait les verres et cristaux est un moulin mu par la mer     par le flot, tant d'aller comme de venir.

A Venise sont installés plusieurs moulins à soie et des imprimeurs de livres. Gutembert avait inventé l'imprimerie 48 ans plus tôt (en 1432).

A Venise, il y a plus de 16 000 ou 20 000 barques ou navires et plus de mil ponts de bois et de pierre. Les rues sont en plusieurs lieux si étroites que quand un homme rencontre l'autre, il convient d'aller de côté

Les Turcs détiennent aujourd'hui une grande partie du pays de Scalonnie et d'Albanie qui étaient chrétiens de la seigneurie de Venise. Chaque jour et chaque nuit on trouve à Saint Marc deux cents hommes femmes et enfants quérant l'aumône. Ils ont fui le pays parce qu'ils ne veulent renier leur foi. C'est la plus grande pitié que j'ai vue au pays.

Le mardi 6 juin part la galée Contarina , seul bateau de pèlerinage autorisé à naviguer vers la Palestine. C'est une galère de 53 mètres de longueur pour 11 de large, une profondeur de cale de 2,10 mètres. Il progresse surtout à la voile. Il n’a recours aux rameurs que pour les manœuvres délicates à l'entrée des ports. Les 90 à 100 voyageurs dorment dans la cale sur un lit de sable.

La Contarina met 3 jours pour atteindre Parenzo. Le voyageur décrit les lieux de culte et leur histoire pendant tout le parcours.

Les 13 et 14 juin les pèlerins font escale à Zara puis les 20 et 21 juin à Raguse (aujourd'hui Dubrovnik). En cette ville qui résiste aux tentatives d'invasion, tant des vénitiens que des turcs, Pierre Barbatre constate la pauvreté de ses habitants. Chaque jour plusieurs hommes, femmes et enfants non baptisés apportent vivres et denrées en la cité et vivent comme bêtes. Si un homme a des filles, il les vend pleinement 5, 8 ou 10 ducats. Pareillement, s'ils peuvent tenir un chrétien, ils le mènent en quelque ville et le vendent aux turcs.

Les femmes de Raguse sont vêtues d'une autre façon que celles de Venise. Elles ont des robes de drap, un haut collet fendu sur les épaules et rond devant sur la poitrine bien close. Elles sont affublées de chaperons en drap de laine avec deux petites cornes comme les demoiselles d'Angleterre ou comme chauves souris.

 Le 23 une tempête oblige là Contarina à reculer. L'équipage et les pèlerins craignent une attaque turque, les armes sont chargées prêtes à défendre le bateau au cas ou les Turcs ne respecteraient pas la paix conclue avec Venise.

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  Du 25 au 30 juin, pendant l'escale à Corfou, a lieu une controverse entre les pèlerins et les autorités vénitiennes sur l'opportunité de continuer le voyage en raison des risques. Finalement, près d'un quart des pèlerins abandonne et parmi eux, les plus notables : l'évêque de Genève, Jean-Louis 2 de Savoie et Philippe de Luxembourg évêque du Mans. Monseigneur de la Ferté et autres jusqu'au nombre de 20 ou 22 qui renoncèrent au saint voyage en la galée pèlerine et emportèrent leurs provisions. Et nous, confiants en notre Seigneur, sa glorieuse mère Marie, tous les saints et saintes du paradis et aussi les prières du bon peuple chrétien, nous tous les autres nous déterminâmes à poursuivre le saint voyage et d'y vivre ou y mourir. Et vînmes dormir en la galée afin de partir le samedi matin.(...)

A Corfou, les prêtres sont tous mariés et ont des enfants et s'il ne leur suffit pas d'une femme ou que l'adultère soit prouvé, ils sont privés de célébrer les offices.

Les prêtres sont vêtus autrement que les gens laïcs. Ils vivent de ce qu'on leur donne pour les offrandes et autres sacrements car ils ne perçoivent pas de dîme.

Les 2 et 3 juillet le navire longe la côte occidentale du Péloponnèse et atteint l'île de Candie (la Crête) le 9 juillet puis un voyage sans escale de Crête jusqu'à Chypre pour atteindre Jaffa le 20 juillet.

Les pélerins sont autorisés à débarquer le 24 juillet à 7 heures. Ils passent leur première nuit dans une cave de Jaffa, sorte de prison.

 Le mardi 25 juillet après minuit, au clair de lune partîmes de Jaffa et fûmes pris et happés par les Sarrazins. Il nous fut loué à chacun un âne. Les seigneurs et commissaires des Sarrazins montèrent sur chevaux et juments, mais le gardien était derrière et les autres à pied chassaient les ânes et demandaient argent pour leur courtoisie. Ceux à cheval courraient de pèlerin en pèlerin pour avoir à boire du vin alors que leur loi le défend. Ils tâtèrent et fouillèrent les pèlerins pour leur dérober leur vin ou autres choses. Les voyageurs sont logés dans un hôpital chrétien à Ramlah où ils ont à manger des fruits, du poisson et de la chair bouillie en potage, du lait au riz etc...

De nouveaux contrôles d'identité les obligent à rester 4 jours en ce lieu.

Le jeudi 27 juillet à environ 3 heures après midi, nous partîmes de Rame avec le gardien de Jérusalem et le patron accompagné de gens du pays qui se disent gentilshommes, montés sur des chevaux, juments et ânes, ils étaient armés.

 Une nuit est passée à la belle étoile dans un champ de pierres. .

Le vendredi 28 juillet nous arrivâmes en Jérusalem au soleil levant, de là, les pèlerins prient sur les lieux saints, visitent Bethélem, Béthanie, Jéricho, la mer Morte, les bords du Jourdain et quittent Jérusalem le 7 Août pour rembarquer le 12 août à Jaffa.

Le parcours du retour ne diffère de celui de l'aller que par un détour par l'île de Rhodes où les Turcs étaient absents. Notre moine est accueilli par un Normand, Maître Colin qui est marié et a 2 petits fils. Un autre nommé frère Simon le tonnelier est natif d'Aubevoye près Gaillon et y a sa mère, frères et soeurs tant à Andely que à Louviers. Il demeure au château et gouverne quasi tout. Il nous envoya vin et viande en la maison de maître Colin où nous logions.

Le mardi 21 septembre nous descendîmes à Candie pour 6 jours. Le dimanche, nous dînâmes avec Michel Dyacre, docteur en théologie, natif d'Evreux

Revenu à Venise, notre voyageur au lieu de reprendre son voyage à pied vers Pressagny l'Orgueilleux, prend une barque pour Ancône en direction du sud.

Le récit s'arrête là.

Qu'est-il arrivé à Pierre Barbatre ?

Voulait-il poursuivre son pèlerinage vers Rome comme le laisse supposer certains de ses écrits ?

Lui est-il arrivé un accident ou a-t'il été victime de brigandage ?

Le reste du manuscrit a t’il été perdu ?

A t'il jeté sa bure aux orties ?

Qui a retrouvé le parchemin original ?

A nous d'imaginer des réponses à toutes ces questions car il est peu probable que le dénouement de ce voyage soit un jour élucidé.

  Rémy Lebrun.

Cette publication est extraite de "L'annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France" Année 1972-1973.

Librairie C. Klincksieck. 11 rue de Lille 75007 Paris.

Edition critique d'un manuscrit inédit par

Pierre Tucoo-Chala, Professeur à l'Université de Pau et des Pays de L'Adour et

Noël Pinzuti. Directeur des Services d'Archives des Pyrénées Atlantiques.

Une autorisation de publication, à titre gracieux nous a été accordée par lettre du secrétaire de la Société de l'Histoire de France en date du 12-10-2001. (60 rue des Francs Bourgeois 75003 Paris). 

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